Asie et pays emergents, quelle strategie pour s'implanter ?

AuteurLegal News
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Où est la croissance mondiale ? Nous savons qu'elle n'est pas dans notre vieille Europe. Comment les avocats peuvent-ils aller chercher cette croissance dont la mondialisation de ces vingt dernières années a redistribué les cartes ?

A l'exception notable de Gide, Loyrette, Nouel qui a déployé depuis trente ans une véritable stratégie d'expansion internationale avec ses 21 bureaux dans le monde entier (à l'exception de l'Amérique du Sud et de l'Océanie), les cabinets d'avocats français sont peu visibles sur la scène internationale. Certes, il est plus facile d'établir des réseaux de correspondants que de faire le grand saut et de s'implanter à l'étranger, néanmoins l'ouverture de bureaux en Asie et dans les pays émergents n'est pas un privilège réservé aux seules multinationales du droit.

Le Monde du Droit a cherché à mieux comprendre les opportunités et les risques liés à l'ouverture de bureaux lointains. A travers les expériences en Asie et en Afrique du Nord de Lefèvre Pelletier & associés, l'aventure asiatique étonnante de DS Avocats ainsi que l'approche très structurée et organisée de Linklaters sur le marché indien, nous avons voulu étudier différentes approches de l'expansion internationale. En comprenant la réflexion en amont, les stratégies de mise en oeuvre ainsi que les retombées prévisibles (ou pas), cette étude permet de mieux saisir les opportunités et de mieux comprendre les risques d'une expansion en direction des économies dites émergentes - même si celles-ci ont maintenant émergé.

Daniel Chausse

Avocat associé Président DS Avocats

Notre logique était d'aller là où il n'y avait personne et pas là où l'offre juridique était déjà satisfaite u

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Les « nouveaux pays » sont une opportunite pour les cabinets francais

Progressivement mais inexorablement, la part de marché des cabinets d'avocats d'affaires « full service » français a diminué au profit des cabinets anglais et américains installés à Paris. Il ne s'agit pas de refaire l'histoire en se demandant si le phénomène est dû aux conditions du rapprochement entre avocats et conseils juridiques, à l'internationalisation de la pratique du droit des affaires ou tout simplement à la qualité des prestations offertes par ces structures, mais il faut se rendre à l'évidence que les avocats français qui ne sont pas allés gonfler les rangs des structures anglo-saxonnes ont rarement la force de frappe de ces dernières.

Au moment de traverser l'Atlantique ou la Manche, les grands cabinets anglais et américains se sont interrogés sur leurs choix d'implantation : Paris, Bruxelles, Londres (pour les Américains) ou encore Francfort. Les hésitations n'ont pas duré longtemps, la plupart de ces cabinets se sont installés dans toutes ces villes. Même si un certain nombre de cabinets français ont ouvert des têtes de pont à Bruxelles, il a fallu qu'ils se rendent à l'évidence qu'il était difficile de concurrencer des Clif- ford Chance ou des Cleary Gottlieb en Europe, en dehors de l'hexagone.

DS Avocats a ouvert un bureau à Pékin en 1986 bien avant que le monde entier ne s'y précipite. « Notre logique était d'aller là où il n'y avait personne et pas là où l'offre juridique était déjà satisfaite », explique Daniel Chausse, associé et Président de DS Avocats. En effet, une telle implantation en 1986 précède de huit ans la véritable ouverture de la Chine à une économie de marché et au jeu des affaires internationales.

Même si les données de marché ont considérablement changé en Chine au cours des vingt deux dernières années, il n'en reste pas moins que pour les entreprises étrangères s'implantant ou investissant en Chine ou pour les sociétés chinoises se tournant vers l'étranger, la demande de services juridiques et de conseils tels que peuvent en fournir les avocats européens est supérieure à l'offre actuelle, comme le souligne Paul-Emmanuel Benachi, associé en charge de l'Asie au sein de Lefèvre Pelletier & associés. Il y aurait donc encore des places à prendre.

La question que beaucoup d'avocats peuvent se poser est la suivante : la présence en Chine est-elle une aventure encore dangereuse et spéculative ou est-elle une nécessité dans le contexte actuel de l'économie mondiale ? La réponse se situe entre les deux selon le profil et les moyens dont dispose un cabinet qui se poserait ces questions. Cela dit, ceux qui ont tenté et qui sont actuellement présents en Chine peuvent témoigner du caractère surmontable de nombreuses difficultés.

Il est cependant à regretter que les pouvoirs publics comme les instances représentatives de la profession d'avocat soient aussi peu mobilisés pour favoriser la présence des...

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